BOOoo!... when theory meets practice

Publié le par cieragbag.over-blog.com

319978_236301816429498_100001490457157_677563_1754516094_n-.jpgLes répétitions ont commencé il y a environ deux semaines.

J'avais écrit un texte court avec une seule idée directrice, l'idée de la métamorphose. Celle de l'enfance à l'âge adulte.

Divers thèmes sont abordés au sein de ce macrocosme: le viol, l'amour, la psychose, le regard de l'autre.

 

La mise en scène de ce texte part d'un trouble nocturne: la paralysie du sommeil. Phénomène qui me fascine autant qu'il m'inquiète. Tout  le monde a lu le Horla de Maupassant, mais peu savent qu'il s'est inspiré d'un "syndrome" identifié depuis des millénaires et resté relativement mystérieux: le sujet qui dormait se réveille, sa conscience se réveille, mais son corps ne répond pas. Il ne peut ni parler, ni crier, ni bouger. Cette paralysie est fréquemment associée à diverses sensations (auditives et visuelles), la plus récurrente étant la sensation (et souvent la vision) d'une présence malveillante dans la même pièce et parfois juste au dessus de son visage.

La mythologie de la paralysie du sommeil se retrouve dans l'abondance pléthorique des oeuvres picturales qui traitent le sujet.

Pour ce qui est de mon travail, elle m'intéresse sous deux aspects: le premier pour la forme  car je veux réaliser un spectacle qui crée une expérience chez le spectateur proche de la paralysie du sommeil. Le deuxième est l'aspect réflexif: une critique de la fonction du théâtre et de la position du public au sein de ce théâtre.

 

La forme: une salle noire, le spectateur s'endort et se réveille avec, à ses côtés un comédien très émotif qui lui raconte son histoire, pour le moins étrange et douloureuse. Jusqu'au réveil, où tout revient à la normale.

 

Le métathéâtre: le public du théâtre comme celui du cinéma paie son entrée pour assister à une oeuvre dont il n'a pas choisi le contenu et dont il ne sait que ce que d'autres en ont dit. S'il déteste ce qu'il voit, ou bien si ce qu'il voit est insupportable, ou s'il n'y trouve aucun goût,  il sera souvent retenu sur son siège de spectateur:

parce qu'il a payé son entrée

pour ne pas déranger l'assistance

par peur de se faire remarquer

par respect pour le travail effectué

Dès lors, si le spectacle qu'on s'inflige ne fait rien d'autre que nous irriter, ou tout simplement nous désintéresser, ou pire, s'il n'est à ma tête et à mon corps qu'un agréable baume apaisant et distrayant, alors le spectateur a été dans une position paralytique. Et l'on peut considérer le spectacle ainsi vécu, comme expérience négative.

 

Il s'agirait alors de tâtonner  la limite de cette expérience et de la rendre positive. L' inversion du processus du spectacle dévitalisant, qui s'il n'enlève pas la vie, enlève toujours du temps, parfois du désir, parfois des neurones aux spectateurs.

L'inversion du processus: créer un théâtre d'expérience. Mais d'expérience positive.  Nous n' allons pas parler tout sourire de la beauté du monde, ni de l'amour de Jésus Christ. Pourquoi pas mais ce n'est pas le propos. Nous allons tenter de ne laisser aucun spectateur sortir de la performance sans avoir vécu quelque chose en plus de sa vie. Sans qu'il ne soit allé, vraiment allé, au-delà de sa propre vie.

 

Et pour ce faire, il faut que le travail du comédien flirte avec les territoires inconnus. Il faut que le comédien se penche sur des parties d'homme qui sont en lui, qu'il ne s'est jamais permis d'explorer ni d'exprimer. Fouiller dans la colère, dans la peur, dans la tristesse, la joie, dans l'asphyxie, dans la paralysie... aller au bout de ce que peuvent donner ces états. La vie mais en plus fort. Ma vie au delà du Moi. Ou en deçà, sur des terres poussiéreuses et archaïques.  Toucher à ses limites physiques et émotionnelles en étant  protégé par le cadre de l'exercice théâtrale, par l'espace-temps de la fiction. Toucher à ses limites si l'on veut au moins espérer transmettre et faire vivre quelque chose de plus fort que la banalité des jours dont on détourne le regard par dégoût ou par dépit.

 

Ce travail des états, initié par le metteur en scène André Carreira, sera reprise par la Compagnie Rag-Bag.

 

Amélia Bréchet,

Auteur et metteur en scène de Bouh!

Florianopolis (SC. Brésil)

le 08-11-2011

 

Un immense merci à André Carreira.

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